Entretiens

PARTAGER LES SAVOIRS, SOCIALISER LES POUVOIRS

 

 

 

Franco Ferrarotti, Entretien avec Christine Delory-Momberger« Partager les savoirs, socialiser les pouvoirs », Le sujet dans la cité 2013/2 (N° 4), p. 18-27

 

 

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Christine Delory-Momberger : La question du « partage des savoirs » qui fait l’objet du présent numéro peut s’entendre sous de multiples aspects : didactique et pédagogique, épistémologique et méthodologique, social et politique. Quelle résonance cette question trouve-t-elle dans votre expérience et dans votre œuvre, et pour commencer, en quoi et comment vient-elle faire écho à votre démarche de chercheur ayant toujours défendu des positions de « recherche participative », de « co-recherche » ?


Franco Ferrarotti : Tout d’abord, le thème abordé me paraît fondamental. En effet, le savoir est la précondition du pouvoir. La connaissance et l’information sont les instruments premiers de la domination. C’est par là que le partage des savoirs renvoie à la socialisation du pouvoir, au fondement d’une nouvelle démocratie ; non seulement formelle du point de vue de la procédure, mais enracinée dans le territoire communautaire, moléculaire, participatif. La devise d’Auguste Comte, « Savoir pour prévoir, afin de pouvoir », rejoint l’esprit dans lequel vous envisagez ce numéro : le partage des savoirs pour la socialisation du pouvoir, dans la démocratie conçue comme participation à un espace commun.
Mon expérience m’a amené à ne pas considérer le savoir comme un trésor privé, secret, à conserver dans une tour d’ivoire. Le savoir a toujours été pour moi une saveur qu’il ...

LA CRÉATION PARTAGÉE, UN LIEU DU COMMUN

 

 

 

Jean-Pierre Chrétien-Goni et al., « La création partagée, un lieu du commun », Le sujet dans la cité 2013/2 (N° 4), p. 68-80

 

Jean-Pierre Chrétien-Goni, entretien avec Christine Delory-Momberger & avec Jean-Claude Bourguignon

 

 

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Jean-Claude Bourguignon : Il nous a semblé que la question du partage des savoirs était particulièrement sensible dans le domaine de l’art et de la culture, dans la mesure où semblent exister dans ce champ-là, du moins dans la majorité des pratiques, des barrières, un fossé entre création et réception, production et consommation. En tant que directeur du Vent se lève ! tiers lieu, peux-tu nous dire dans un premier temps quel est ton regard sur cette conception et ces pratiques, et faire un rappel de ton propre parcours par rapport à ces questions.


Jean-Pierre Chrétien-Goni : Première chose qui me vient à l’esprit, c’est qu’au fond poser la question du savoir dans le domaine de la pratique artistique est inhabituel. C’est comme si la question du savoir n’était pas en jeu lorsqu’il est question de spectacle, de création, de pratique de l’art. Tout cela est en général considéré comme appartenant à une sorte de mystère, propre à un type d’humain particulier que serait l’artiste. Lorsqu’on ne s’abandonne pas à cette figure sublime, qu’on considère qu’il s’agit d’un métier spécifique, on accepte l’idée que les artistes disposent d’un savoir, en l’occurrence une sorte de savoir professionnel. Mais toujours en installant la même distance : les soudeurs savent souder, les artistes savent faire de l’art, les uns et les autres font leur travail ; les gens qui utilisent les robinets que les soudeurs ont soudés n’ont pas besoin du savoir du soudeur, les spectateurs qui viennent regarder un spectacle n’ont pas besoin de comprendre...

« DROIT DE CITÉ » ET CITOYENNETÉ DANS LE CONTEXTE DE L’EUROPE ...

 

Titre complet : « DROIT DE CITÉ » ET CITOYENNETÉ DANS LE CONTEXTE DE L’EUROPE ET DE LA MONDIALISATION

 

 

 

Étienne Balibar et al., « « Droit de cité » et citoyenneté dans le contexte de l’Europe et de la mondialisation », Le sujet dans la cité 2012/2 (n° 3), p. 69-79

 

Étienne Balibar, Entretien avec Christine Delory-Momberger & Valérie Melin

 

 

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La citoyenneté fait partie de vos thèmes philosophiques majeurs et concerne encore votre dernier livre, Citoyen-sujet et autres essais d’anthropologie philosophique. La question des liens entre sujet et citoyenneté est au coeur des préoccupations théoriques et pratiques de la revue Le sujet dans la Cité. Pouvez-vous nous éclairer sur les liens entre la figure du sujet et celle du citoyen ? 

Étienne Balibar : Comme j’ai essayé de le montrer dans divers écrits échelonnés sur une assez longue période, en particulier dans ceux que recueille l’ouvrage que vous citez, les mots de « sujet » et de « citoyen », qui font partie de notre vocabulaire politique fondamental et nous permettent aussi d’y articuler des préoccupations morales, juridiques, philosophiques, sont dans un rapport très étrange, à la fois indissoluble et contradictoire. Naturellement, c’est le résultat d’une histoire longue et complexe, qui se dépose dans les langues, et en l’occurrence essentiellement les langues européennes, avec des différences entre elles qui aident à penser différentes modalités de réfraction d’une tradition commune, qui a été exportée dans le monde entier avec plus ou moins de succès, et qui se retrouve aujourd’hui déstabilisée, ou remise en mouvement, par toute une série de révolutions institutionnelles et culturelles. La transformation de l’Europe, à la fois au point de vue de sa place dans le monde et au point de vue de ses relations internes, nous oblige à essayer de mieux comprendre si nous sommes encore dépendants de cette tradition, et pourquoi...

le travail entre souffrance individuelle, intelligence collective ...

 

Titre complet : Le travail entre souffrance individuelle, intelligence collective et promesse d’émancipation

 

 

Christophe Dejours, Entretien avec Christine Delory-Momberger « Le travail entre souffrance individuelle, intelligence collective et promesse d’émancipation », Le sujet dans la cité 2010/1 (n° 1), p. 59-72.

 

 

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Christine Delory-Momberger : Quel lien faites-vous entre injustice et souffrance ? La notion
d’injustice n’est-elle plus suffisante aujourd’hui qu’il faille faire référence à celle de souffrance
sociale pour rendre compte de ce qui se passe et s’éprouve dans le monde du travail ?


Christophe Dejours : Le rapport entre souffrance et injustice est une question déjà ancienne dans la discussion en clinique du travail. J’en ai longtemps débattu, essentiellement avec les sociologues, et notamment ceux orientés vers la théorie sociale et la sociologie critique. Je pense en particulier au débat prolongé que nous avions eu avec le
cerses 2 , notamment avec Patrick Pharo, Simone Bateman et également Paul Ladrière. Plus récemment cette question du rapport entre souffrance et injustice a fait l’objet d’un certain renouvellement conceptuel, je pense notamment aux travaux d’Emmanuel Renault, qui est plus lié, quant à lui, à l’École de Francfort. Pour Patrick Pharo, la question se présente de la façon suivante : il est très difficile de dissocier souffrance et injustice, non pas du
point de vue analytique, mais d’un point de vue pragmatique. Pour lui, la souffrance ne peut pas se dire autrement qu’avec les termes de l’injustice, il établit un rapport très étroit entre les deux et il fait de l’injustice un critère pragmatique de la souffrance. Dire, comme le suggère votre question, que la référence à la justice et à l’injustice ne suffit pas pour rendre compte de ce qu’il se passe aujourd’hui nous fait plutôt basculer sur la...